Le Raspberry Pi s’impose aujourd’hui comme une solution polyvalente et économique dans l’univers de l’automatisme industriel. Il convient parfaitement pour assurer la communication entre machines et systèmes de supervision, piloter des interfaces homme-machine, ou encore traiter localement des données issues de capteurs. Cet article explore ses atouts majeurs, ses limites ainsi que les bonnes pratiques à adopter afin de tirer le meilleur parti de cette plateforme. Nous aborderons notamment :
- Les raisons qui expliquent l’intérêt croissant pour le Raspberry Pi dans l’automatisation industrielle
- Les quatre principaux usages où il s’avère pertinent dans un contexte industriel
- Ses limites liées au contrôle temps réel et à la sécurité machine
- La meilleure façon d’intégrer le Raspberry Pi dans une architecture industrielle avec des automates programmables
Ce panorama s’accompagne d’exemples chiffrés et concrets, pour vous aider à évaluer l’opportunité d’incorporer cette technologie dans vos projets d’automatisation ou d’IoT industriel.
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Les atouts du Raspberry Pi dans le contrôle industriel et l’automatisation
Le Raspberry Pi séduit les automaticiens pour trois raisons fondamentales qui le différencient nettement des automates programmables traditionnels. Tout d’abord, sa puissance de calcul est largement suffisante pour réaliser du traitement local complexe comme la compression de données, le calcul d’indicateurs ou la vision industrielle légère via des bibliothèques comme OpenCV. Cet aspect permet par exemple d’exécuter un modèle de machine learning embarqué en local, ce qui réduit la latence et le trafic réseau.
Ensuite, son écosystème logiciel est ouvert et riche, notamment grâce à des outils populaires tels que Node-RED, Python, ainsi que des bibliothèques dédiées à Modbus, OPC UA ou MQTT. Ces outils permettent facilement de réaliser des passerelles entre des automates propriétaires et des systèmes de supervision modernes, souvent à moindre coût.
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Enfin, des versions industrielles comme le Compute Module exposent des caractéristiques adaptées aux contraintes des environnements industriels : plage étendue de température, mémoire eMMC fiable, et intégration dans des boîtiers rail DIN avec entrées-sorties protégées et alimentation 24 V. Ce point est crucial pour garantir une robustesse suffisante.
Nous pouvons prendre pour exemple la fréquence d’utilisation des Raspberry Pi pour connecter un parc d’automates dans une usine d’assemblage : la passerelle Raspberry Pi permet d’interfacer facilement plusieurs dizaines de machines anciennes sans remplacer les automates existants. Ce déploiement est souvent réalisé pour moins de 500 € par point de connexion, là où une solution propriétaire équivalente serait bien plus coûteuse.
Les usages principaux pertinents du Raspberry Pi en automatisme industriel
Ces usages se répartissent en quatre grands domaines où le Raspberry Pi apporte une valeur ajoutée concrète :
- Passerelle de communication : Le Raspberry Pi agit comme un convertisseur de protocoles industriel. Il lit les registres d’un automate via Modbus TCP/RTU ou interroge des capteurs analogiques et numériques en I2C ou via 4-20 mA grâce à des modules d’extension. Ces données sont ensuite publiées en MQTT vers une plateforme IoT ou un historien. Ainsi, il assure la compatibilité entre des machines parfois âgées de plusieurs décennies et des infrastructures cloud modernes.
- Interface homme-machine (IHM) : Associé à un écran tactile de 7 à 10 pouces, le Raspberry Pi peut remplacer des IHMs propriétaires coûteuses grâce à des solutions comme Node-RED Dashboard ou des applications web locales développées en quelques jours. Cela permet aux opérateurs de consulter des recettes, consignes et historiques sans investir dans des matériels dédiés.
- Supervision et tableaux de bord : Des modèles récents comme le Pi 4 ou Pi 5 supportent sans difficulté des bases de données InfluxDB et des outils de visualisation comme Grafana. Ils peuvent ainsi réaliser la supervision d’une ligne de production ou d’un atelier entier en fournissant des indicateurs clés tels que le taux de rendement synthétique (TRS), les temps d’arrêt ou la consommation d’énergie, consultables sur n’importe quel navigateur du réseau local.
- Traitement en bord de ligne : Utilisé pour des fonctions avancées comme le contrôle qualité visuel par caméra, la détection de vibrations anormales, ou le comptage de pièces, le Raspberry Pi traite ces données localement. Il ne remonte vers le cloud que les résultats essentiels, ce qui évite le transfert volumineux de flux vidéo.
Ces utilisations ont été validées dans divers secteurs, par exemple dans une usine agroalimentaire où un Raspberry Pi équipe une ligne de conditionnement pour analyser en temps réel les images de contrôle qualité, réduisant les rebuts de 15 % en six mois.
Les limites techniques et contraintes pour un usage industriel sûr
Malgré ses nombreuses qualités, le Raspberry Pi présente des restrictions qu’il convient de respecter afin de garantir la sécurité et la fiabilité des installations :
- Absence de contrôle temps réel dur : Le système Linux utilisé sur le Pi n’est pas conçu pour assurer un cycle de commande strictement déterministe, indispensable à la commande de machines sensibles ou dangereuses. Un automate programmable reste incontournable pour garantir un cycle temps réel milliseconde. Des solutions partielles existent, comme le noyau PREEMPT_RT ou l’usage du microcontrôleur RP2040 intégré à certains modèles, mais elles ne remplacent pas une certification de sécurité.
- Sécurité machine : Les fonctions critiques liées à la sécurité des opérateurs – arrêt d’urgence, barrières immatérielles, surveillance de portes – exigent des modules et relais certifiés conformes à la norme EN ISO 13849. Le Raspberry Pi ne doit jamais être utilisé seul dans cette chaîne décisionnelle, afin d’éviter tout risque d’accident industriel.
- Robustesse électrique limitée : Les GPIO du Raspberry Pi fonctionnent en 3,3 V et ne disposent pas d’isolation intégrée. Un raccordement direct aux capteurs ou actionneurs industriels expose le Pi à des risques d’usure rapide et de dysfonctionnement. Des modules d’entrées-sorties isolés, des relais adaptés et une alimentation protégée sont nécessaires pour garantir la longévité dans les ateliers.
Un exemple fréquent d’erreur est d’utiliser un Raspberry Pi dans une machine robotisée sans automate en amont : cela conduit souvent à des problèmes de synchronisation et de sécurité, incompatibles avec la conduite d’une usine moderne respectant les normes.
Architecture industrielle optimisée : combiner automate et Raspberry Pi
La meilleure pratique consiste à laisser à chaque équipement son rôle spécifique :
- L’automate programmable gère la commande directe de la machine, la logique de sécurité et le contrôle des entrées-sorties de puissance.
- Le Raspberry Pi industriel, souvent sous forme de Compute Module inséré dans un boîtier rail DIN, assure les fonctions de communication, l’interface homme-machine, la collecte et l’analyse des données, ainsi que la remontée vers les systèmes de supervision.
Autour de ce duo, il faut intégrer des alimentations stabilisées 24 V, des modules d’entrées-sorties isolées, des capteurs industriels adaptés (température, pression, niveau, proximité), ainsi qu’un switch Ethernet industriel et un coffret fermé pour protéger l’ensemble. De nombreux fabricants spécialisés proposent aujourd’hui des ensembles intégrés, facilitant la conception, l’installation et la maintenance. La gamme automatisme et contrôle de RS, par exemple, propose une offre complète regroupant automates, capteurs, variateurs, relais de sécurité et cartes Raspberry Pi compatibles, ce qui simplifie le sourcing et la garantie d’interopérabilité.
Matériel et étapes recommandés pour débuter un projet d’automatisation avec Raspberry Pi
Pour un premier projet fonctionnel visant à prototyper une interface homme-machine et collecter des données d’une machine existante, il est conseillé d’adopter la configuration suivante :
| Composant | Description | Rôle | Estimation coût (€) |
|---|---|---|---|
| Raspberry Pi 4 ou 5 | Modèle récent avec puissance renforcée | Traitement, communication, supervision | 80 – 120 |
| Écran tactile 7 à 10 pouces | Périphérique de visualisation et interaction | Interface homme-machine locale | 90 – 150 |
| Module Modbus RTU/TCP | Interface de communication industrielle | Lecture des automates existants | 40 – 70 |
| Module d’entrées-sorties isolées | Protection des signaux électriques | Lecture directe de capteurs | 50 – 100 |
| Alimentation 24 V rail DIN | Alimentation stabilisée adaptée | Alimenter le Pi et modules | 30 – 60 |
| Boîtier rail DIN | Protection mécanique et environnementale | Installation sécurisée en atelier | 40 – 80 |
Le budget initial tourne autour de quelques centaines d’euros, avec un développement logiciel d’une durée de quelques jours pour obtenir une interface fonctionnelle et une collecte fiable de données. Une gestion rigoureuse des mises à jour, sauvegardes d’image et versions de configuration Node-RED sous gestion de source, par exemple via Git, est recommandée pour assurer la pérennité du système.
Exploiter pleinement l’écosystème logiciel pour une programmation embarquée efficace
L’ouverture du Raspberry Pi permet d’utiliser des langages modernes tels que Python, JavaScript dans Node-RED, et de s’appuyer sur des protocoles standards (Modbus, OPC UA, MQTT). Certaines solutions comme OpenPLC ou CODESYS permettent même de programmer le Raspberry Pi avec des langages traditionnels des automates, bien que sans certification officielle de sécurité. Ces outils facilitent la conception de systèmes d’automatisation intelligents et modulaires.
Pour approfondir ces possibilités, vous pouvez consulter des ressources qui abordent la programmation avancée et la cybersécurité liées au Raspberry Pi, disponibles sur des sites spécialisés comme programmer Raspberry Pi avec VS Code ou la gestion de la sécurité industrielle détaillée dans Raspberry Pi et cybersécurité.

